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Qui a coulé la Mirap ?

Entre salaires impayés, personnels démotivés, démissions en cascade, gestion moyenâgeuse et détournements des deniers publics, la Mission de régulation des approvisionnements des produits de grande consommation, est au bord du naufrage.

 

Ia Mirap au service du consommateur. Le rêve ne s’est pas réalisé. La belle idée de chef de l’Etat Paul Biya de créer un bras séculier de l’Etat dans la lutte contre la vie chère au lendemain des émeutes de la faim de février 2008 est en train d’aller à vau l’eau. Si pour le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atatngana, « la Mirap était la matérialisation de la politique sociale du chef de l’Etat », pour l’Association citoyenne de défense des intérêts des collectifs (Acdic), « elle était un éléphanteau blanc…

La Mirap ne pouvait qu’échouer en suivant intimement la trajectoire de la Mideviv (Mission de développement des produits vivriers) qui, pour des raisons similaires fut morte de sa belle mort «.Créée le 1er février 2011 par décret présidentiel, la Mission de régulation des approvisionnements des produits de grande consommation (Mirap) était chargée, en tant que structure d’alerte, de l’achat, de l’importation et du stockage des produits dits de grande consommation, en vue d’un approvisionnement du marché dans de meilleures conditions.

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A ce titre, elle était censée procéder à l’achat de ces denrées à des meilleurs prix, afin de constituer des stocks de sécurité, soit directement, soit par l’intermédiaire de prestataires… Malheureusement, elle n’a pas été à la hauteur des attentes des consommateurs. Plus grave, elle n’a jamais procédé à la moindre importation des produits de grande consommation de son portefeuille. Or, c’est dans ce segment-là qu’elle est le plus attendue. Dans son cahier de charges, la Mirap devait implanter 20 marchés témoins périodiques dans les principales métropoles que sont Yaoundé et Douala, soit 10 par ville, et deux dans chacun des huit autres chefs-lieux de régions.

A ce jour, ces marchés sont rares. Neuf années après sa création, cet organisme censé être un puissant instrument de la politique sociale du gouvernement, peine à influer positivement sur les conditions de vie des camerounais. Venue pour sauver la sécurité alimentaire des Camerounais, c’est la Mirap qui a aujourd’hui besoin d’être sauvée. La Mission de régulation des approvisionnements des produits de grande consommation est quasiment en phase végétative de son existence, avec quelques spasmes qui indiquent qu’elle n’est pas complètement morte.

En effet, de temps en temps, elle déploie ses chapiteaux pour un marché périodique dans quelques carrefours de la cité capitale, et même hors de la capitale. Mais ses étals ne sont plus achalandés. Quelques clients viennent encore s’approvisionner des rares produits alimentaires, comme la viande de bœuf ou de porc ou les plantains exposés par des commerçants tenaces, mais ce n’est plus un grand moment de commerce populaire enregistré aux lendemains des émeutes de la faim.

Gestion chaotique

Depuis le mois de septembre 2019, plus rien ne va plus à la Mirap. Les marchés témoins ambulants qui se tenaient dans les grandes villes du Cameroun sont fermés. Et il faut préciser que Douala et Yaoundé avaient simultanément 3 marchés témoins 6 jours sur 7. Et il y’avait le grand marché toutes les 2 semaines.

Cela permettait à (Je nombreuses populations de survivre et de pouvoir mettre quelque chose dans leur panier. Hélas, l’administrateur général de la Mirap en la personne de Cyprien Mbamzock N toi a trouvé, à travers cette structure gouvernementale, l’occasion de se remplir les poches aux dépens des populations comme d’habitude.

Ainsi, il négocie d’importants contrats d’importation de denrées de première nécessité soit disant pour alimenter les marchés supervisés par la Mirap, mais en réalité, ces importations : sucre, riz et autres, sont faites au profit de certains opérateurs économiques qui se soustraient ainsi au paiement de diverses taxes au profit de l’Etat. Il va sans dire que Mme Mbamzock s’en prend pleins les poches, ce d’autant que les personnels de cette structure sont sans salaire depuis sa création. Les grossistes des filières riz, sucre, oléagineux, et autres ont noyé la Mirap.

Un doigt accusateur est pointé sur le Pca, Séraphin Fouda et ses complices du palais d’Etoudi qui laissent Congelcam et autres asphyxier les ménages. Le syndicat du crime est même allé imposer le sevrage de moyens au Minfi. 11 serait plus que temps que les instances compétentes se penchent sur ce dossier pour relancer l’approvisionnement du panier de la ménagère, surtout en cette période de rentrées scolaires qui ne finit pas d’assécher le porte-monnaie des parents et que bientôt déjà il faudra penser aux fêtes de fin d’année.

Démissions en cascade

Le premier signe du déclin est la démotivation de la dizaine d’employés encore en poste. Les autres ont, eux, préféré aller voir ailleurs. C’est le chef de division des affaires administratives et financières, John Makembe, qui avait donné le ton. Quelques mois après sa prise de fonction au lendemain de démarrage de la Mirap, il va jeter l’éponge pour rentrer à son administration d’origine, le ministère des Finances. 11 va préférer son salaire de fonctionnaire au million que le francs CFA que lui offrait la Mirap mensuellement.

Ce pur produit de l’Enam, section régie financière, ne s’est pas, selon les confidences dans la maison, retrouvé dans la gestion peu orthodoxe de l’organisme. Suivra, deux ans plus tard, la démission du chef de la division de la prospective et de la communication. Constant Lobe Epoh, pourtant homme à tout faire de l’administrateur, va rejoindre la banque des PME.

Le décès tragique du chef de division des opérations, Bernard Marnai, dans un accident de la circulation sur la route de Bafoussam, un jour de Pâques, lors d’une mission ordonnée par Cyprien Bamzok, l’administrateur, va allonger la liste des départs de cette structure chargée de faire face à la surchauffe des prix des produits de grande.consommation et de soulager les consommateurs de la vie chère. La disparition de la jeune agent comptable, diplômée de l’Enam, Laetitia Ntsama, ne sera pas pour arranger les choses.

C’est elle qui aidait l’administrateur de la Mirap dans toutes ses opérations douteuses au ministère des Finances. Les départs à la retraite du chef de bureau du courrier et de son agent ainsi que du chef de cellule des opérations va davantage compliquer la situation, qui peinait déjà à décoller. Quid de dame Bikaï récemment élue mairesse de Dibang dans le Nyong et Kelle ? La dernière démission en date est celle du chef de la cellule de Communication et du Marketing; Raoul Simplice Minlo’o, qui a pris le large en déposant ses valises sur le quai du Port Autonome de Douala.

Dans sa lettre de démission adressée à l’administrateur, l’ancien journaliste de la Crtv, justifie son départ, par ses ambitions professionnelles qui selon lui sont en inadéquation avec : « l’inertie, le manque de vision stratégique et la navigation à vue érigés en mode de management à la Mirap ». Organisme public, la Mirap a fait l’objet d’un audit commandé par la présidence de la République et mené par le cabinet Deloitte, il y a quelques mois.

En plus d’une subvention spéciale de 1,5 milliard débloquée sur autorisation du président Paul Biya, la Mirap fonctionne grâce à une subvention budgétaire de 800 millions chaque année. C’est la gestion de ces ressources qui fait peser de nombreux soupçons sur le top management de la boîte. Les conclusions de l’audit du cabinet Deloitte ne sont pas encore disponibles, mais les sources internes évoquent la récurrence de certaines entreprises dans les marchés publics de la Mirap et d’irréfutables dysfonctionnements managériaux. A suivre !

 

Le Zénith n°331

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