INTERVIEW

Marcel Mboa, directeur de la Beac de Bafoussam

Dans le but d’encourager le port des vêtements et chaussures fabriqués au Cameroun, le directeur de la Beac de Bafoussam et Président de la Mutuelle des Agents de la BEAC au Cameroun amis sur pied un concept baptisé Vesti-Local. Il livre les secrets de cette initiative.

« Nous souhaitons que les administrations et entreprises publiques et privées généralisent le port des vêtements et chaussures confectionnés localement »

Vous avez récemment lancé un concept baptisé « Journée du Vesti-Local » au sein de la BEAC Bafoussam. Parlez-nous de ce concept et dites-nous ce qui vous a motivé.

Le Vesti-Local est une initiative citoyenne portée par la Mutuelle des Agents de la BEAC au Cameroun (Mabeac). Il est un engagement des agents de la Beac Bafoussam de s’habiller, chaque vendredi, en sous-vêtements, vêtements et chaussures confectionnés et fabriqués au Cameroun. Les agents de la Beac Bafoussam espèrent par cette pratique, en faisant des émules, favoriser et cultiver la consommation des produits vestimentaires « made in Cemac ». En effet, les membres de la Mutuelle des Agents de la BEAC au Cameroun ont entrepris de répondre à leur manière et à leur époque à l’appel lancé par le président de la République du Cameroun, Son Excellence Monsieur Paul Biya, il y a quelques années de « Consommer Camerounais ». La décision de répondre à cet appel a été nourrie par l’illumination apportée par l’éminent professeur d’économie et ancien président de la Bundesbank, la Banque Centrale allemande avant l’avènement de BCE, Monsieur Helmut Schlesinger qui disait « Une politique de stabilité de la part du gouvernement et de la banque centrale n’est pas suffisante pour assurer la stabilité de la monnaie. L’économie et les partenaires sociaux doivent également adopter un comportement adéquat. En fait, il faut une culture de stabilité dans les sphères publiques et politiques ». Notre motivation était de dire aux agents économiques de la Cemac qu’il est temps d’adopter un comportement adéquat à la stabilité de notre monnaie, en consommant prioritairement le « made in Cemac ».

Quelles sont les objectifs de la Journée du Vesti-Local ?

L’objectif de la journée du Vesti-Local est d’éveiller la conscience collective et fédérer tous les partenaires sociaux autour du projet qu’on pourrait dénommer « Projet de la Stabilité Monétaire Portée par les Habitudes de Consommation ». Ce projet a pour livrable la naissance et le développement d’une culture nationale et communautaire de stabilité monétaire ; une culture marquée par l’attachement à notre monnaie ainsi qu’à sa défense par tous et chacun. Le rituel caractéristique d’une telle culture étant l’évaluation préalable de l’impact sur la valeur de la monnaie de tout acte d’achat ou de consommation.

Envisagez-vous d’autres initiatives de ce genre, ou alors il en existe déjà au sein de la BEAC de Bafoussam ?

Cette question me pousse à faire une précision : la gestion de notre monnaie est bien la responsabilité de la Beac et c’est exclusivement le Gouverneur de la Beac qui a autorité d’en parler. Ici, nous ne parlons pas de la politique monétaire. Ici nous évoquons ce qu’il faut de supplémentaire pour que toute politique monétaire soit efficace dans la garantie de la stabilité de la monnaie. Nous n’envisageons pas d’autres initiatives, nous souhaitons que notre exemple fasse tache d’huile dans les autres Centres de la Beac dans les six pays. Nous souhaitons que les administrations publiques et privées ainsi que les entreprises de nos pays généralisent le port des vêtements et chaussures confectionnés localement par leurs agents pour aller au travail. Nous souhaitons que les institutions sous-régionales fassent une large part aux produits locaux dans leurs approvisionnements. Nous souhaitons que les Gouvernements de nos Etats réservent une part significative aux produits fabriqués localement dans la commande publique, etc.

Les produits vestimentaires made in Cameroun peinent à faire l’unanimité sur le marché. Quelle appréciation faites-vous de ces produits ?

Les produits vestimentaires du Cameroun et de la Cemac ne sont pas les meilleurs du monde. Mais nous devons savoir que l’amélioration de leur qualité passe justement par une consommation patriotique qui permettrait aux producteurs locaux de se développer et de mieux produire. Souvenez-vous que les voitures japonaises étaient stigmatisées comme étant de piètre qualité dans les années 1950. Aujourd’hui elles sont les plus fiables et les plus vendues au monde, tout simplement parce qu’une culture du « consommer japonais » est née et s’est développée.

Interview réalisée par Joseph Essama

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