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Culture de l’ananas : Entre déforestation et usage des pesticides

C’est une activité très rentable, disent les agronomes. La culture de l’ananas à laquelle s’intéressent les jeunes, surtout ceux ayant un niveau scolaire très bas, engendre malheureusement des dégâts parfois irréversibles. Réchauffement climatique lié à la déforestation, destructions de la végétation, pollution des eaux et appauvrissement du sol et maladies engendrées par l’utilisation des produits phytosanitaires.

Par Ulrich Mmala

Cette activité fait à la fois des heureux et des malheureux, car les méthodes de cultivation et l’administration des pesticides affecte gravement la qualité de l’écosystème. Des recherches effectuées affichent des résultats alarmants. Afin de comprendre ses impacts, faisons une petite excursion dans une plantation d’ananas.

Sucré ! cette caractéristique de l’ananas suscite des envies. Chaque fois que j’aperçois le petit commerçant du coin, dépouiller le fruit de son vêtu jaune, mes enzymes sont perturbées. Les quartiers tranchés sont irrésistibles tellement, que mes papilles gustatives sont en alertes. Alors, contre une pièce de 100fcfa, j’en prends un morceau. Langue saliveuse, dents hyper aiguisées, je mores la tranche d’ananas sans y laisser échapper une goutte de son précieux liquide juteux. Satisfait, j’ai l’impression de déborder d’énergie.

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Toutefois, sais-je vraiment ce que je viens de consommer ? nombreux sommes nous qui dégustons ce délice dans les rues ou encore dans les domiciles, sans pour autant nous rendre compte du danger en sourdine.

La culture de l’ananas, déjà pratiquée dans les régions du Littorale et du Sud-Ouest, s’est plus tard étendue dans la région du Centre, l’un des secteurs fiefs de la culture du Cacao et du Café. Après la chute vertigineuse des prix de ces produits de rente, les habitants de certaines zones de la région, se sont retournés vers des sources alternatives de revenus, notamment l’exploitation des produits forestiers non ligneux et la culture de l’ananas.

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C’est le cas de la ville d’Awae. Une commune du Cameroun située dans le département de la Méfou-et-Afamba. Ici, la majorité des habitants vit de la culture de l’ananas. Les bénéficiaires s’épanouissent, envoient leurs progénitures à l’école, construisent des maisons confortables. C’est vraiment une activité porteuse, et personne ne le nie. « Un hectare d’ananas donne environ 60 mille fruits pour 18 millions lorsque le fruit est vendu à 300fcfa. Aussi les rejets d’ananas sont d’un grand revenu. Le prix unitaire le plus bas est 100fcfa » confie Raphael producteur d’ananas. Awae est aujourd’hui un carrefour d’écoulement des ananas produits dans le département. En plein sur la Nationale n°10, les usagers ne manquent pas de s’approvisionner surtout qu’ici, pas de carence.

 

Les dangers négligés

Seulement, les producteurs tous comme les consommateurs, ne savent pas, ou ignorent les dangers liés à cette chaîne de valeur. Mais « quel que soit la couleur du chat, il attrape la souris » dit un adage.

Nous avons rencontré un chercheur sur l’impact environnemental de la culture de l’ananasciforl’impact environnemental de la culture de l’ananas qui a souhaité rester dans l’anonymat. « Les résultats de mes recherches touchent de près ou de loin les intérêts personnels de certains opérateurs économiques et même certains dignitaires. Ma thèse est actuellement rangée dans mon tiroir avec toutes les preuves » nous explique-t-il.

Nous l’appellerons Zamzam. Ces résultats ont un caractère alarmiste. Avant tout, la culture de l’ananas se pratique sur de grands espaces complètement dépourvus d’arbres. Si l’on s’en tient au département de la Méfou-et-Afamba, plusieurs hectares de forêts sont abattus, dessouchés et brulés. Cette opération engendre inéluctablement la pollution et la dégradation de l’écosystème. D’après le constat fait, « l’ananas ne se cultive pas sur les mêmes espaces. Il faut changer d’endroit au moins après deux à trois ans, afin de pratiquer le jachère » déclare Zamzam. Vous rendez-vous compte ? si chaque deux ans un producteur détruit par exemple 5 hectares de forêt sur 10 ans, l’on se retrouverai avec 25 hectares décimés. Qu’en sera-t-il des grands producteurs qui travaillent sur des centaines d’hectares.

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Comment ne pas faire face au changement et réchauffement climatiqueschangement et réchauffement climatiques si la végétation est calcinée compte tenu de son rôle vital. Pire encore, la culture maraîchère devient difficile sur les terres ayant abrité l’ananas. Et ce n’est pas le fruit du hasard. Ce constat déploré par les villageois n’est que la conséquence de l’utilisation des produits phytosanitaires. Ces produits chimiques qui ont des rôles distincts et laissent des résidus à l’intérieur des fruits.

Le Lindane et treadimenole sont des insecticides appliqués afin d’éviter la pourriture causée par les piqûres d’insectes. Cependant, la peau de l’ananas étant perméable, absorbe en quantité apparemment négligeable les résidus des produits chimiques à l’intérieur de sa chair, qui après consommation agissent quelques fois sur le système nerveux.

L’ananas d’Awae est particulièrement apprécié à cause de son goût très sucré. Mais ce que les consommateurs ne s’en doutent pas, c’est que ce sucre n’est parfois pas naturel. Il est stimulé par un produit chimique appelé l’Opale. Ce produit favorise une grande quantité de sucre dans le fruit.

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Le MAT et L’Ether, ont la particularité de donner la couleur jaune au fruit. En effet, l’ananas se cultive pendant 16 à 18 mois, selon la variété. Donc il peut attendre un an six mois pour être récolté. Certains producteurs impatients de gagner de l’argent administrent le produit appelé C.MATUR 480 SL. Un stimulateur de maturation de fruits.

Vue le temps qu’il faut pour récolter l’ananas, pourquoi y’en a-t-il toujours sur le marché et sans carence ? la réponse paraît évidente. Ceux qui s’attellent à l’utilisation de ces produits régulateurs de croissance, font des récoltes au plus tard 9 mois après avoir appliqué ses produits chimiques, très nocifs.

D’ailleurs en 2013, les autorités de la ville de Marseille en France, avaient fait renvoyer une cargaison d’ananas au Cameroun, parce que les fruits contenaient un taux élevé de produit chimique, dépassant la norme prescrite par l’AFNOR (Agence française de normalisation). Cette information prouve effectivement qu’il y a la présence des produits phytosanitaires dans l’ananas, au moins en infime quantité.

Les impacts de l’utilisation des produits chimiques s’étendent jusqu’à la pollution des eaux causée par la manipulation de ces substances au bord des rivières. Les producteurs qui les manipulent présentent quelques fois des signes de nausées, yeux rouges, vertiges et autres symptômes.

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Vue cette situation, le gouvernement camerounais par son Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (Minader) a classé ces produits dans la catégorie Homologué. Mais il s’avère qu’ils sont toujours en discrète circulation et appliqués sur d’autres aliments notamment les oranges ou encore le plantain.

Agriculture Biologique

Pourtant une autre méthode de production est possible. L’agriculture dite biologique. Heureusement que cette approche est déjà adoptée par certaines jeunes agronomes qui sont absolument à encouragés. Elle consiste à cultiver à partir des produits naturels, notamment l’utilisation du compost (engrais biologique). Mais cette méthode présente des limites.

Le compost est utilisé le plus pour des cultures à cycle court. En ce qui concerne celles à cycle long comme l’ananas, il faut en produire en très grande quantité et renouveler l’application. Ce qui s’avère pénible quand on sait qu’il n’existe pas d’usine de fabrication d’engrais biologique au Cameroun. Les insecticides naturels comme le Neem n’ont pas d’effet escompté si la pluie survient quelques heures après l’application. Il n’est donc pas évident pour le producteur de s’en passer des produits chimiques qui contiennent des fixateurs afin d’agir, peu importe le climat.

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Aujourd’hui, il existe ce que j’appelle agriculture chimio-biologique. Gare à ce que nous mangeons. Car, l’effet cumulé peut nous coûter la vie. Alors,vivons tous chinois en pratiquant beaucoup de sport et consommer des boissons faites à base des ingrédients naturels, afin de renforcer l’organisme pour résister à certains corps étrangers.

 

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