SOCIETE

Affaire Samuel Wazizi. Où est passée l’enquête annoncée par Paul Biya ?

Un mois après la promesse du chef de l’État de diriger une enquête en vue d’établir la lumière sur les circonstances du décès en détention du journaliste, l’on en est toujours à attendre. Les pressions s’accentuent.

Le mois dernier, l’opinion nationale et internationale apprenait, non sans stupéfaction et indignation, le décès du journaliste Samuel Wazizi, survenu quelques semaines seulement après son interpellation en août 2019 dans la région du Sud-Ouest où il exerçait. La presse nationale et internationale étaient alors montées au créneau, non seulement pour dénoncer avec la dernière énergie cet acte odieux, ou plutôt cette exécution extrajudiciaire, mais aussi pour exiger la clarification des circonstances de la disparition de notre confrère interpellé début août 2019, puis cuisiné pendant quelques jours dans les casernes du 21ème Bataillon d’infanterie motorisé (BIM) à Buea, avant son transfèrement à Yaoundé, où ses avocats perdront toute trace de lui. La pression commençait déjà à retomber qu’une autre sortie des Français est venue réactualiser l’affaire. En effet, face à la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, le 1er juillet, le ministre des Affaires étrangères et de l’Europe de ce pays, Jean-Yves Le Drian, a indiqué que la France se montre toujours préoccupée par cette affaire. « Nous sommes choqués du décès en détention du journaliste Samuel Wazizi et nous souhaitons que les autorités camerounaises mènent une enquête indépendante sur les circonstances de sa mort », a déclaré Jean-Yves Le Drian, cité par nos confrères de Radio France International (RFI

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Les propos du patron de la diplomatie française n’apportent cependant rien de nouveau dans les discours officiels en rapport avec cette affaire accablante voire embarrassante pour les autorités de Yaoundé. En juin, l’ambassadeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou, déclarait avoir eu des échanges à ce sujet avec le président Paul Biya qui, le 05 juin, l’avait rassuré qu’il allait diriger une enquête sur l’affaire. Depuis, c’est le silence radio à Étoudi. Comme c’est le cas dans de nombreuses autres affaires, où le régime se contente souvent de simples déclarations pour apaiser et rassurer. Il y a quelques semaines, après l’annonce du décès du journaliste de Chillen Media Télévision (CMT), des journalistes s’étaient mobilisés à Buea, à Douala et à Yaoundé pour réclamer des clarifications. Six organisations non gouvernementales (ONG) nationales et quatre ONG internationales, parmi lesquelles Human Right Watch et Amnesty International, avaient commis un communiqué commun pour exiger une enquête « indépendante, efficace, approfondie et impartiale ». A son tour, maitre Agbor Balla Nkongho, le président du Centre pour les droits de l’homme et la démocratie (CHRDA) est sorti de sa réserve : « Nous sommes toujours choqués que les autorités aient fait disparaitre Wazizi et dissimulé sa mort durant dix mois. »

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Reporter sans frontières

 

Pour sa part, l’Ong Reporter sans frontières (Rsf) dénonçait le silence des autorités camerounaises, « qui se terrent depuis l’annonce de la mort de ce confrère, au bout d’une année de détention au secret ». Pour l’organisation, « la mort de ce Journaliste détenu au secret par des militaires en dehors de toute procédure légale est la pire exaction commise contre un professionnel de l’information depuis 10 ans au Cameroun. Rien ne justifiait sa détention dans une caserne et rien ne peut excuser sa mort ! Les circonstances très troubles de cette affaire restent à eclaircir. Le journaliste est-il mort des conséquences de sévices subis pendant sa détention comme le craignent ses avocats ? Était-il malade et privé de soins appropriés comme l’a laissé entendre une source militaire contactée par Rsf ? Nous demandons aux autorités camerounaises de briser le silence intolérable autour de cette affaire, de restituer le corps du journaliste à sa famille, et de conduire une enquête sérieuse et indépendante sur les circonstances ayant conduit à cet événement tragique. » Non seulement les circonstances n’ont pas encore été élucidées, mais la dépouille n’a jamais été restituée

 

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