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Julie Owono : « la lutte contre les discours haineux sur les réseaux sociaux est au cœur de mes préoccupations »

Elle fait partie des 20 membres du nouveau Conseil de surveillance de Facebook qui a d’ailleurs atteint la barre des 3 milliards d’utilisateurs il y‘a moins d’une semaine. Julie Owono, l’invitée de www.lequatriemepouvoir.com est depuis Octobre 2019, Fellow à Berkman Klein Center for Internet & Society  de l’Université d’Harvard, et membre de la Digital Civil Society de l’université de Stanford. Elle est l’un des 24 experts indépendants nommés par l’Unesco pour travailler sur le premier projet de recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificielle. Polyglotte, Directrice Exécutive dInternet sans frontières.

 

Le Quatrième Pouvoir : Comment-vous sentez-vous suite à cette nomination?

Julie Owono : Je suis très honorée de continuer à servir la cause des libertés sur Internet, et la liberté d’expression en particulier, aux côtés de collègues au parcours exceptionnels. Je mesure également l’immensité de la tâche qui nous a été confiée.

 Le Quatrième Pouvoir : Quel sera votre rôle au sein du Conseil de surveillance?

 Le Conseil de surveillance aura pour charge de trancher en dernier ressort les décisions relatives aux contenus postés sur les plateformes Facebook et Instagram. Pour l’instant, seuls les contenus supprimés pourront faire l’objet d’une procédure d’appel auprès  du Conseil, mais les statuts du Conseil restent ouverts sur les possibilités d’inclure dans le futur d’autres types de contenus.

 Le Quatrième Pouvoir : La pandémie du coronavirus fait rage dans plus de 180 pays dans le monde. Dites-nous comment comptez-vous contourner la question des fausses nouvelles liées au Covid19?

Julie Owono : Le mandat du Conseil de surveillance est de s’assurer que la liberté d’expression et les droits de l’homme, sont protégés dans le cadre de l’application des politiques de modération de contenus par l’entreprise Facebook. C’est encore trop tôt pour répondre avec précision à votre question, car nous n’avons pas encore commencé à nous pencher sur des cas. Une chose est certaine, la désinformation qui a sévit pendant la crise sanitaire ne manquera pas de poser de nombreux défis pour la liberté d’expression et la modération des contenus.

 Le Quatrième Pouvoir : La lutte contre les discours haineux sur Facebook cela vous parle-t-il? Dans l’espace francophone africain, notamment au Cameroun, ces dérives s’observent surtout en périodes électorales.

 Julie Owono : En tant que directrice de l’ONG Internet Sans Frontières, et actuellement chercheuse au Berkman Klein Center d’Harvard et au Digital Civil Society Lab de Stanford, la lutte contre les discours haineux sur les réseaux sociaux est au coeur de mes préoccupations. Je me suis d’ailleurs beaucoup exprimée sur le sujet. Depuis de nombreuses années, mon ONG et moi militons contre les coupures d’Internet et des réseaux sociaux, qui sont des atteintes graves à la liberté d’expression, comme l’a rappelé á plusieurs reprises le rapporteur spécial de l’ONU pour la liberté d’expression, David Kaye. Un nombre croissant de gouvernements disaient se servir des coupures Internet et la limitation de l’accès aux réseaux sociaux pour lutter contre la haine et la désinformation sur Internet.

 

« En matière de vie privée, la meilleure protection reste selon moi la loi »

 

Si cette justification a longtemps servi d’excuse, il n’en demeure pas moins que la haine et la désinformation sont devenues des réalités sur les réseaux sociaux, et qu’elles sont porteuses de danger pour la paix et la sécurité, notamment pour de nombreux Etats africains. Face à ce constat, nous avons décidé à Internet Sans Frontières de réfléchir à des solutions qui permettent de lutter contre ces contenus, tout en protégeant la liberté d’expression. Nous avons par exemple organisé un colloque qui a réuni les acteurs publiques et privés à Yaoundé pour créer une plateforme de dialogue et de collaboration en vue de lutter contre les discours dangereux, tout en protégeant la liberté d’expression, en amont de l’élection présidentielle camerounaise d’octobre 2018. Nous avons également mené un projet d’observation de la haine et de la désinformation sur les réseaux sociaux dans des pays d’Afrique centrale et occidentale.  Ces deux projets ont renforcé notre conviction que lutter contre ces deux fléaux en ligne nécessite une collaboration entre différents acteurs du numérique, gouvernements, plateformes, société civile. Et ils ont confirmé qu’en matière de lutte contre la désinformation et la haine sur Internet, le contexte est une donnée essentielle.

Julie Owono sur le plateau de France 24

Le Quatrième Pouvoir : N’avez-vous pas peur que les décisions du conseil soient influencées par Mark Zuckeberg en personne ?

 

Julie Owono : Le Conseil est totalement indépendant de l’entreprise Facebook et son dirigeant. À titre personnel je n’aurais pas accepté de rejoindre le conseil sans la garantie que je peux garder ma liberté de ton, et que le conseil n’a aucun lien de subordination avec Facebook.

 

« Pour ce qui est du Cameroun, ladoption dune législation sur la protection des données personnelles devient urgente »

 

Le Quatrième Pouvoir : En tant qu’avocate de formation, et militante pour les droits digitaux, quelle sera la stratégie que vous allez proposer pour élargir la protection des données dans l’espace cybernétique Facebook ?

 

Julie Owono : En matière de vie privée, la meilleure protection reste selon moi la loi : celle-ci doit encadrer la collecte, le partage des données personnelles, ainsi que prévoir des mécanismes de contrôles des utilisateurs sur celles-ci. Encore faut-il bien sûr que la législation soient adaptées aux innovations technologiques. La réflexion menée par exemple par l’Union Européenne pour mettre à jour son cadre réglementaire sur la protection des données et aboutir au RGPD est un exemple intéressant. Pour ce qui est du Cameroun, l’adoption d’une législation sur la protection des données personnelles devient urgente.

 

Le Quatrième Pouvoir : Facebook travaille avec de nombreux partenaires de confiance dans le monde. Avez-vous le sentiment qu’il ne s’agit pas d’un remix ?

 

Julie Owono : Je ne le pense pas. Les partenariats que vous évoquez sont importants, ils ont pour objet d’aider l’entreprise á décider au cas par cas de la suppression de certaines publications, au regard des standards de la communauté Facebook. Ils ne concernent que certaines catégories de publications. Le Conseil a été créé pour, à partir d’un cas individuel, trouver des réponses qui peuvent s’appliquer á d’autres cas similaires, en somme des décisions qui pourront faire jurisprudence. Et la compétence du Conseil s’étend par exemple aux publicités politiques.

Le Quatrième Pouvoir : Comment allez-vous pouvoir concilier l’intelligence artificielle aux responsabilités de modération dans un monde de plus en plus Big Data?

 

Julie Owono : Comme l’a précisé Michael McConnell, l’un des présidents du Conseil, nous ne serons pas la police de Facebook et d’Instagram, notre rôle est de prendre des décisions sur les contenus supprimés, en nous assurant de protéger la liberté d’expression. 40 personnes, le nombre maximum de membres prévus par les statuts du Conseil, ne pourront à elles seules se prononcer sur tous les problèmes posés par les milliards de contenus partagés sur ces deux plateformes.

Le Quatrième Pouvoir : Avez-vous été approché par des gouvernements africains dans la suite de votre profil d’Avocate 2.0 ?

 

Julie Owono : Rires, je suis un pur produit de la société civile, cette place me convient.

Julie Owono, Merci beaucoup

Salutations chaleureuses à votre équipe.

Entretien réalisé par Manfred ESSOME, Rédacteur En Chef

Web: www.lequatriemepouvoir.com

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