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[RÉACTION] Silence-complot, on tue l’En-saignant!

Nous sommes en l’An-Saignant
Suivez donc ces pas qui tremblottent
Ce sont ceux de l’enseignant que je suis
Qui se précipite pour l’école, pour la mort
«Cousche-tard», «lève tôt», «broutteur de craie» sont mes noms
Je me précipite pour sortir le monde de la pénombre
Le monde me précipite pour l’au-delà, cruel paradoxe!
Est-ce par amour si je ne lâche pas malgré l’absurdité ?
Est-ce par instinct de survie alimentaire si je me tue à la tâche ?
Oui, je suis enseignant, le ventre mou social, le «mougou»
Peut-être que je me suis retrouvé là par pur hasard
Peut-être que c’est la vocation, fatale destinée
Mais je suis quand-même là à enseigner des humains, du moins, je le crois

Et si ma tête doit servir de sacrifice pour un pays dépaysé
Qu’il en soit ainsi!
Et si mon corps doit être une chair à couteau
Qu’il en soit ainsi !
Si mon cerveau doit cramer pour bâtir des enfants voyous
Qu’il en soit ainsi!
Si ma main doit être coupée pour la craie que je porte
Qu’il en soit ainsi!
Si mon sang doit couler pour une jeunesse que je voudrais exemplaire
Qu’il en soit ainsi !
Si mon corps doit être déchiqueté pour nourrir des sombres envies
Qu’il en soit ainsi !
Et si je doit être jeté aux oubliettes…

Enseignant je suis, enseignant je mourrai!
J’enseignerai même en saignant de tout le sang
Si cela doit apurer le monde de ses péchés mignons
Je ne porterai ni arme, ni fétiche pour me défendre
Je n’irai ni chez le marabout ni chez les divins
Mon sort semble scellé, tout le monde est unanime
Qui tue la cigale mourra sans être bercé en saison sèche
Qui assassine ses parents mourra paria
Qui tue l’enseignant a tué la lumière et se condamne
De ma famille, personne ne veut rien savoir
De mes rêves, tous s’en foutent
De mes enfants, rien à sirer

Si mon pays a décidé de me sacrifié à l’autel de l’obscurantisme
Qu’il en soit ainsi !
Si ma mémoire vaut bien le silence des dieux des sept collines
Qu’il en soit ainsi !
Si ma patrie ne s’émeut guère de mon sort tragique
Qu’il en soit ainsi !
Si enseigner c’est mourir alors que voler c’est jouir
Alors qu’il en soit ainsi !
Si à la place du salaire je reçois le poignard de mes élèves
Qu’il en soit ainsi !
Si mon métier est de mourrir atrocement dans l’indifférence totale
Qu’il en soit ainsi !
Qui érige stelle et monument pour moi?
Qui se soucie de moi?

Quel chant de gloire entonné en mémoire de celui qui n’est rien?
A-t-on jamais chanté la gloire d’un esprit inerte?
Je connais des injures des plus déshumanisantes
J’essuie la honte la plus humiliante
Sans salaire ni valeur
Je paie tout ce qui me revient de droit
Avancement, 20% !
Rappel, 15% !
Mutation, 400 000 fcfa !
Intégration, monnayage!
Tout est su, on s’en fout
Et comme si cela ne suffisait pas, la mort est à ma trousse
Révolté? Résigné? Indigné? Peu importe!
Je suis enseignant, je mourrai dans mon éloquent anonymat
Sans rancune ni rancœur

Qui plaindra un corps muet?
Qui luttera pour des bouches-cousues?
A la lumière que je porte, obscure récompense
J’ai donné la main, elle fut mutilée
J’ai donné ma tête, elle fut arrachée, Wountaï!
J’ai donné mon corps, il fut perforé, Tchakounte !
A qui sera le prochain tour?
Silence! Silence! Silence! C’est ma sentence
J’ai donné des mots, je fus embastillé dans la gueule en fer
Et les miens ont dit: il a cherché, silence, il le mérite
Igonrance? Assurement non!
Méchanceté, peut-être…

Parents-poules, enfants zélés, enseignants brisés
Je connais ces phases qui montent des égouts de la société
«Ce n’est qu’un enseignant
Ce n’est qu’un vaut rien
Ce n’est qu’un instituteur
Ce n’est qu’un parleur
C’est un gros bavard
Il n’a ni arme, ni force…»
Oui, je n’ai ni couteau, ni fétiche
Je ne suis ni robuste, ni agressif
Et la société joyeuse de mes supplices
Se tait sur ce complot contre mon corps
Que puis-je faire contre un complot-silence de tous t?

Voilà donc le corps social horriblement étalé
Un monde d’injures, de parjure et de souillure
Où tout est destruction et anéantissement
Crasseux tel une immense poubelle où les choses se phagocytent
Difforme tel un plastique calciné sous le brasier
Pal tel une victime de vampire sorti du ventre des glaces
Ignoble à l’image de toute chose impure dont nous en sommes friands
hideux tel la laideur de notre méchanceté enfouie
Où est donc la victoire de l’indifférence ?
Où est le trophée du laxisme ?
Où est la tribut de la corruption ?
Syndicats, syndiquez calmement
Internautes, surfer calmement

Chers collègues martyrs
Que vos noms soient sacrifiés
Vous qui montez dans les cieux
Plaidez notre cause auprès de Dieu
En attendant que nous vous rejoignions
Revenez de là-haut, pour nous sauver de cette souffrance
Car nos semblables sont devenus insensibles
C’est à vous qu’appartiennent nos derniers espoirs
Que vos âmes trouvent la paix éternelle!

BANESE BETARE Elias

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