Tuesday, 26 December 2017 13:54

POLITIQUE : (CE PAYS TUE LES JEUNES) LE CHANCELIER AUTRICHIEN ÉLU À 31 ANS

Written by CLAUDE WILFRIED EKANGA EKANGA / LE QUATRIEME POUVOIR

Cela fait 7 jours que la République d'Autriche tient son nouveau Maillot Jaune. En effet, depuis le 18 décembre 2017, le chancelier fédéral se nomme Sebastian Kurz. Mais plus intéressant encore, l'homme n'a que ... 31 ans ! Ce qui en fait le plus jeune dirigeant de la planète.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, monsieur Kurz est né le 27 août 1986. Autrement dit, quatre bonnes années après la prise de pouvoir de l'actuel  Président de la République du Cameroun (6 novembre 1982). D'ailleurs, la moitié de ceux qui liront cet article sont plus âgés que lui. 

Celui que les médias nationaux surnomment déjà le "Wunderwuzzi" ("L'enfant prodige") a commencé sa carrière politique à 23 ans, lorsqu'il est porté à la tête de la section Jeunes de son parti de cœur, le ÖVP (Österreichische Volkspartei). A seulement 24 ans, il est déjà Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Intérieur. 

 

Sebastian Kurz, le plus jeune dirigeant du monde.

 

 

Kurz intègre définitivement l'élite gouvernementale en 2013 à 27 ans, où il occupe le poste de Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Puis, à la suite des élections présidentielles catastrophiques de décembre 2016 qui ont vu les deux grands partis (Le parti populaire ÖVP et le parti social-démocrate SPÖ) relégués en troisième et quatrième position, des élections législatives anticipées sont organisées en octobre 2017. Au mois de mai, il est investi Président du parti, qui finit par remporter les élections, avec une majorité relative à 31% des suffrages. 

 

Le voici donc, presqu'adolescent, à 31 ans et 113 jours, à la tête de l'Autriche. Un événement inédit dans l'Afrique actuelle.

 

ÉTUDE DE CAS : LA RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN

 

En Autriche comme dans l'Allemagne voisine, le chancelier fédéral représente le chef du gouvernement. Il est alors intéressant de se prêter à un petit jeu comparatif d'avec quelques-uns des plus récents Premiers Ministres qu'a connu le pays de Mongo Beti. Ce jeu possède la particularité d'arracher à la fois une larme et un sourire à ceux qui s'y adonnent : 

 

Actuellement, le Premier Ministre camerounais se nomme Philémon Yang. (Il en est le 12ème depuis la création du poste en 1954). Yang est né le 14 juin 1947 et a donc aujourd'hui 70 ans. Ainsi, à sa prise de fonctions le 30 juin 2009, il en avait déjà 62. A titre de comparaison, Patrice Emery Lumumba avait 34 ans lorsqu'il devient Premier Ministre à l'indépendance de la RDC, le 30 juin 1960.

 

Ephraïm Inoni, prédécesseur de Philémon Yang entre 2004 et 2009, voit également le jour en 1947, le 16 août. Il a donc 57 ans à sa nomination. Avant lui, Peter Mafany Musonge, né en 1942, occupe le poste de 1996 à 2004. Il succède lui-même à Simon Achidi Achu, ancien Ministre de la Justice dans les années 70, puis Premier Ministre entre 1992 et1996, et aujourd'hui sénateur depuis les élections de 2013, à l'âge de 79 ans. Il en a aujourd'hui 84, soit à peine un an de moins que le Président, mentionné plus haut.

 

Quant au Président du Sénat, le sieur Niat Njifenji, le compteur affiche 83 ans. Autant dire que l'extrême vieillesse, aka l'âge moyen des gouvernants camerounais ne reflète en rien la moyenne d'âge du pays (22 ans en 2010 selon l'Institut National de la Statistique), ni l'espérance de vie 55 ans (Données de la Banque Mondiale). Ainsi va la vie dans cette nation où la moitié de la population est mineure (-18 ans).

 

LES CONSÉQUENCES D'UNE GOUVERNANCE DÉCALÉE 

 

Avec un tableau pareil, on n'est pas surpris du marasme général que connaît le pays depuis une petite éternité. Non pas que des jeunes au pouvoir soient la garantie d'un État prospère (La chancelière allemande a 63 ans), mais le fait est qu'au Cameroun, la jeunesse intellectuelle a été ensorcelée par une éducation trop portée sur le débat politique, quand les véritables enjeux sont pourtant économiques. Ou l'art d'abrutir un peuple.

 

Cette situation a pour cause le fait que les dirigeants actuels , issus d'une époque révolue où l'Occident avait toujours raison dans sa détestable manie de définir à la place des Africains ce qui est bon pour eux, n'ont pas compris que les paradigmes ont changé, et que la jeune génération aspire à sortir de la manipulation. 

 

C'est dans cet ordre d'idées qu'ils se réjouissent donc d'avoir ratifié les APE (Accords de Partenariat Économique) envers l'Europe, alors que le Cameroun enregistrait déjà un déficit commercial de 339 millions d'euros avec la France. C'est la Direction Général au Tresor français qui nous informe d'ailleurs elle-même que le Cameroun n'exportait que pour 262 millions € et importait pour 631 millions en hexagone. Avec les APE, la voie est libre pour l'invasion du marché local par la chimie européenne. L'offensive géante annoncée du groupe agroalimentaire <Carrefour> le confirme à suffisance.

 

Nos vieillards nationaux ignorent ainsi que la France, au bord du gouffre, ne fait que jouer ses dernières cartes, car elle-même en déficit commercial chronique, notamment envers la Chine. Ils nous rabâchent les avantages supposés (Et invisibles) des APE, sans comprendre que la France a un genou à terre, et n'a quasiment plus que l'Afrique pour exister. 

 

En effet, la Chine n'est que le 8eme client de la France (1% de parts), alors qu'elle est son premier marché (9% de parts). Pour expliquer simplement, cela veut dire que la Chine vend beaucoup plus à la France qu'elle n'achète d'elle. Elle importe pour seulement 16 milliards €, alors qu'elle exporte pour 46 milliards. C'est donc une perte annuelle de 30 milliards €.  

Le Ministère français des Affaires Étrangères nous livre lui-même cet aveu d'échec en ces termes: "La Chine est, devant l'Allemagne, notre premier déficit commercial bilatéral (30,4 milliards en 2016)". 

 

Avec l'Allemagne, le déficit était de 14,2 milliards € l'année dernière. Avec une perte de 64 milliards dans les échanges avec seulement deux pays, on peut comprendre pourquoi le solde budgétaire pour 2017 est aussi négatif.

Un solde négatif, c'est quand vos dépenses sont supérieures à vos recettes (C'est-à-dire quand vous dépensez plus que ce que vous gagnez) Et en mars 2017,  l'INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques) évaluait les pertes françaises à -74 milliards d'euros (Recettes de 247 milliards € pour des dépenses prévues à 322,4 milliards) 

 

En compagnie du Ministre russe des affaires étrangères Sergey Lavrov.

 

La colossale dette publique de la France (A près de 100% de son PIB) n'a donc rien d'étonnant. Nous comprenons plutôt pourquoi les <Carrefour> et autres nous submergent à vitesse V ces derniers temps, comme s'il n'y avait pas déjà assez de multinationales sur notre sol. En cette fin d'année, le Ministère des Finances et les instances portuaires nationales reconnaissent que le Cameroun aura perdu 600 millions de FCFA de recettes douanières, à cause de ces chers APE. Et pourtant ils demeurent inamovibles.

 

Car vieillesse ne rime pas toujours avec sagesse.

 

LE REFUS DES BONS EXEMPLES - CONCLUSION

 

Il n'est pas non plus question ici de déduire que la jeunesse de Sebastian Kurz sera un gage de bonne gestion de la chose publique. Il n'est pas un saint, loin de là. En plus de s'être rallié au parti d'extrême-droite, le FPÖ (Freiheitliche Partei Osterreichs), et d'avoir fait de son leader Heinz-Christian Strache son vice-chancelier, il est résolument opposé à la migration massive de réfugiés vers l'Europe. Il fut d'ailleurs l'un des grands critiques à la politique de Merkel qui avait fait rentrer près d'un millions de demandeurs d'asile en 2015. Durant son mandat aux Affaires Étrangères, il œuvra activement pour la fermeture de la fameuse "route des Balkans".

 

Mais l'homme est guidé par l'obsession de porter aux plus hauts sommets, l'économie de son pays, à l'image du "America first" de Donald John Trump. Kurz clame à qui veut l'entendre que "l'Autriche est le plus beau pays du monde.", quand en Afrique, les fossiles politiques à nos têtes récitent fièrement les vieilles formules qui nous présentent comme des "Pays Pauvres Très Endettés" (PPTE), et agissent comme tels, en demandant systématiquement l'aide de ceux-là même qui contribuent à vampiriser notre économie.

 

Sebastian Kurz n'a jamais terminé ses études de droit. Le nouveau chancelier d'Autriche n'a que le Baccalauréat. Comme le rappelait ce 18 décembre la chaîne paneuropéenne <Euronews> basée à Lyon, il déclare qu'il faut être "valorisé pour ce que l'on fait et non pour ce que l'on est". Autrement dit, le pragmatisme, l'utilité pratique de ses atouts au service de la société surpasse largement le parchemin de papier dont la retombée concrète n'est pas toujours évidente. Une autre leçon dont devraient s'inspirer nos grands intellectuels, au pouvoir ou en dehors.

 

Ekanga Ekanga Claude Wilfried , 26 décembre 2017

(Jeune)

 

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