Thursday, 12 October 2017 03:04

CAMEROUN – CRISE ANGLOPHONE : LE JOURNALISTE ERIC VARENI S'EXPRIME : « BEAUCOUP PARLENT DE DIALOGUE MAIS OUBLIENT LA FORME QUE DEVRA PRENDRE LE DIALOGUE, ET LES PARTIES PRENANTES »

Written by LA REDACTION
Rate this item
(2 votes)

Alors que la crise anglophone prend une ampleur inédite avec des volontés sécessionnistes, le Chairman du SDF John Fru Ndi a fait des déclarations étonnantes. Une situation qui a nécessité le regard d’un expert. Parole est donnée au directeur de publication du Quatrième Pouvoir, Eric Vareni. Propos recueillis par le Journal Emergence.

 Dans une interview parue dans Le Monde Afrique, John Fru Ndi, le patron du Sdf déclare : « Paul Biya doit être traduit devant la CPI pour crimes contre l’humanité ». Il procède également à d’autres déclarations chocs. D’ailleurs, parlant des évènements du 1er octobre, il martèle, « Monsieur Biya est la seule cause de tout ça ». Paul Biya est donc le seul responsable de la crise, selon lui. Pour démontrer qu’il était de tout cœur avec le peuple anglophone, Fru Ndi souligne : « Que faire quand votre père vous frappe et vous pousse hors de la maison ? Quand les autres membres de votre famille vous poussent aussi dehors ? Dans huit régions du pays, des représentants du pouvoir ont marché contre les anglophones. Cela signifie qu’ils leur disent : « Nous n’avons pas besoin de vous. Partez ! » Nos jeunes ont chanté « Home again, Home again ». Je ne suis pas sorti pour la marche, mais j’ai aussi chanté ».

 

 Emergence : Que pensez-vous de sa phrase suivante : « Paul Biya doit être traduit devant la CPI pour crimes contre l’humanité » ?

 Eric VARENI : Il est clair que la situation inédite de violences en zone anglophone ait pris un virage non habituel. Au regard du bilan lourd, 6 selon le porte-parole du gouvernement Issa Tchiroma Bakary et 17 de sources étrangères, l’évidence d’un tel constat se trouve dans l’indignation et la condamnation. Le Chairman à travers ces propos, tient le président Biya pour responsable des derniers évènements survenus à Buéa et Bamenda ; En clair, Fru Ndi en appelle à une action judiciaire extérieure.

 

 Emergence : Fru Ndi lui-même, pendant son parcours politique a souvent brillé son manque de constance, donnant l’impression qu’un pacte l’unissait au pouvoir central. Est-ce que lui-même n’est pas comptable de la tournure qu’a prise la crise anglophone aujourd’hui ?

 Eric Vareni : De cette crise, des responsabilités seront engagées probablement dans les mois à venir concernant les acteurs politiques. Mais le plus urgent est de trouver des solutions efficaces à ce dilemme dont les contours restent d’ordre historiques, politiques et donc systémiques. La crise anglophone est l’échec d’une gouvernance. De l’épisode de 992, Fru Ndi toutefois, demeure une figure de poids dans le paysage politique et joue de sa partition. Une partition dont les tenants et aboutissants auraient drainé dans des rumeurs de « complicité de pouvoir », « opposant le jour, du système dans la nuit » tel que l’estime une certaine opinion. Le président du SDF n’est que l’arbre qui cache la forêt.

 

 EM : Peut-on dire qu’il n’a pas été complice de ce système qui a mis l’ensemble du Cameroun à genoux ?

 E.V. : La géographie politique camerounaise a ses canons et ses secrets. Répondre par la négation ou l’affirmation serait allé vite en besogne. Au vu des actions menées par le leader de l’opposition durant ces vingt dernières années, ce serait hasardeux de lui coller une étiquette de pourfendeur de la nation. La politique camerounaise possède ses propres tabous.

 

EM:  Aujourd’hui, comme certains thuriféraires du régime, chacun donne l’impression de vouloir se laver les mains comme Ponce Pilate, face à la dégradation que l’on connaît. Ce serait Paul Biya le seul fautif. N’est-ce pas trop facile ?

 E.V. : La crise anglophone est l’éclatement d’un système, sinon l’explosion des insuffisances du régime Biya. Au départ des manifestations corporatistes notamment des avocats en Novembre 2016, des enseignants, puis des étudiants, les questions de forme se sont transformées en préoccupations essentiellement politique avec une forte odeur de partition ou sécession du pays. D’aucuns penchent pour de la manipulation exercée sur nos confrères d’expression anglaise, mais à la réalité, cette crise cache un calice dont les camerounais ne soupçonnent pas. Les responsabilités sont à la fois partagées et amères puisque les autorités en place reconnaissent des erreurs d’appréciations des revendications de départ. Si pour la plupart des camerounais, l’idée d’une partition demeure une utopie malsaine, il est cependant avéré que le Chef du système à savoir Paul Biya soit le principal mis en cause. La voix du dialogue est urgente, une descente sur le terrain du président serait salutaire au moins pour calmer les esprits et écouter. Beaucoup parlent de dialogue, mais oublient la forme que devra prendre le dialogue, les parties prenantes au dialogue, et les objectifs à court terme des pourparlers pour des implémentations de résolutions efficaces. Il est temps que les cloches de la division s’arrêtent et que les acteurs nationaux prennent toute la mesure de leurs responsabilités.

 

 ERIC VARENI

LE QUATRIEME POUVOIR

 

 

Read 180 times Last modified on Thursday, 12 October 2017 08:58

Notre radio en ligne écoutez aussi notre radio en ligne

Top Tweets

Restez connecté avec 4ème Pouvoir

Recevez nos breaking News Par Mail!

  • Breaking News Alerts
  • Business News Alerts
  • Scoop et faits Divers