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Wednesday, 05 April 2017 01:00

La Dernière note musicale et universitaire du Prof. MICHEL KOUNOU

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C'était en novembre 2006, mon téléphone de bureau sonne c'est un appel  interne et au bout du fil, le prof André Corten. Après les civilités il m'annonce le passage de Michel Kounou au département, me signale qu'il est auteur de deux volumes et que ce serait bien pour moi de le rencontrer. Je note sur un bout de papier le numéro de téléphone qu'il me communique.

A la fin de la journée avant de quitter le bureau j'ai composé son poste, il était dans le bureau de Chantal Rondeau qu'il invitera plusieurs fois par la suite au Cameroun. Nous avons parlé de tout et de rien mais il m'a surtout donné des conseils je crois en avoir retenu un seul: "il faut t'accrocher ce n'est pas facile d'avoir un poste ici." Puis nous nous sommes quittes en promettant de nous rappeler. Nous ne nous sommes malheureusement pas rappelés mais c'est à l'oratoire saint Joseph sur les hauteurs de Montréal que nous avons été présentés l'un à l'autre par un autre compatriote.
J'ai donc découvert un homme qui avait un sens profond, qui dépassait tous les engagements personnels et subjectifs, idéologiques ou politiques, voire simplement sociaux : un être qui a su développer un sens sans égal, de ce qui porte un nom très simple, mais si souvent ignoré autour de nous : le sens de l’intérêt général. Alors même que nous vivons au Cameroun une naissance et une domination des corporatismes et des sectarismes; alors qu’un vent implacable de "correction politique" écrase et lamine toute pensée d’État ou officielle qui ne s’aligne sur un plus petit commun dénominateur dont la gigantesque générosité de principe qui l’anime contraste étrangement avec l’incommensurable étroitesse d’esprit de tous ceux qui la pratiquent ; dans ce contexte où l’on se doit de s’affirmer citoyen avant de songer à l’être, oui Michel Kounou a su animer d’un véritable esprit de citoyen (et non d’esprit citoyen aux ordres, souvent sans s’en douter, d’une bonne conscience fournie avec les discours et la presse qui vont avec), Michel Kounou oui parce qu'il s'agit de lui donc, a su animer et mettre en œuvre les immenses pouvoirs que son savoir et son art de s’en servir lui offraient pour se conduire, en homme juste.
De passage au Cameroun en 2011, c'est autour de l'Affaire dite de Vanessa Tchatchou que nous nous sommes retrouvés sur le plateau de Vox Africa, il y était invité non pas pour cette affaire, mais pour parler d'autre chose, je crois que sur ce plateau il y avait les journalistes Paulin Mbala, Annie Payep et Domche Jules je crois et Xavier Messe qui venait pour Mutations.

A la fin de cet échange, nous nous sommes serrés la main, je me suis présenté à nouveau à lui. Je venais à nouveau de découvrir un universitaire au sens nord-américain, un homme au don précieux qui savait analyser, disséquer avec une intelligence aiguë tous les problèmes qu’on lui soumettait. Ou ceux qu’il se posait, car il se posait bien souvent lui-même les questions que d’autres n’osaient ou ne savaient parfois soulever. Cette faculté d’analyse exceptionnelle donc, qui l’amenait ensuite, dans un deuxième temps, à en tirer les plus évidentes, les plus élémentaires des conclusions en d’éblouissantes et rigoureuses synthèses. Au savoir inépuisable de Michel Kounou, dans le premier de ses trois ouvrages que j'ai vus passer, en comptant sa thèse soutenue à l'Université du Québec à Montréal en 1992 alors que je n'étais que je débutais mes études universitaire, «Croissance capitaliste et dépendance économique du Cameroun de I960 à 1983: une étude critique», il m'a été facile de suivre sa profonde et solide culture solidement enracinée en l'homme de sciences politiques moderne. Je dois ajouter qu'il a su s'en servir pour produire Pauvreté et pétrole au sud du Sahara avec une préface du prof. Corten.

Je voudrais dire que Michel Kounou avait plus d'une corde à son art, il a été musicien, il a été enseignant à Concordia l'une des meilleures universités du Canada, il avait en lui et avec lui le bonheur de savoir se servir du savoir, de la science politique pour le bien de tous, de l'Etat. Beaucoup ne l'ont pas compris.
Oui, où que ce soit, pour quoi que ce soit qui le méritât, le Professeur Michel Kounou était toujours au premier rang de ceux qui pouvaient servir. Servir : quel beau mot parfois, auquel Michel Kounou a donné de nouvelles lettres de noblesse. Servir : le dernier mot de Kundry dans Parsifal. Son dernier souffle, il l'a poussé à Bamenda alors qu'il était là pour faire soigner sa soeurcadette. Servir, quel beau mot, oui... Merci, Monsieur le Professeur Michel Kounou, de nous avoir tous si ardemment, si longuement servis.


L'Ecole canadienne de sciences politiques te dit sincèrement merci - merci pour ce que tu as été pour nous dans les amphis, sur les plateaux, sur les micros dans les radios. A tes enfants du Canada, ceux du Cameroun, à la mère de tes enfants, à ton épouse, à l'ensemble de ta famille je présente mes sincères condoléances.

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