Crise Anglophone – Commission Musonge: 700 millions pour 15 véhicules

Cette acquisition coûteuse, au moment où le discours officiel prône la réduction du train de vie de l’Etat, sème la controverse.

Le Cameroun semble maîtriser l’art du gaspillage même lorsque faire des économies est une urgence vitale. Le dernier acte du président de la commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (Cnpbm) en est une preuve. Signée le 16 août 2018, la décision du président de cette instance, Peter Mafany Musonge, porte sur « l’attribution suivant la procédure de gré à gré du marché relatif à l’acquisition de quinze véhicules » à la Cnpbm. Ce marché qui s’élève à 700 millions Fcfa échoit à la Cameroon Motors Industries (Cami). Dans l’hypothèse qu’il s’agira d’un modèle identique, chaque véhicule va coûter un peu plus de 46,66 millions Fcfa.
Cette décision survient alors que l’Etat dit tout mettre en œuvre pour réduire son train de vie afin de réaliser des économies. Pour les analystes, on est là face à au moins deux problèmes. Tout d’abord, « je m’interroge sur l’opportunité de cette dépense. Au regard des pressions qui pèsent sur les finances du Cameroun. Notamment le programme économique et financier avec le Fonds monétaire international [Fmi] qui demande de tout faire pour éviter le déficit budgétaire [-2,5% en 2017]. On a une dette intérieure qui s’accumule, une élection présidentielle à organiser, la guerre contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord qui n’est pas totalement finie, la sécurisation de la frontière avec la République centrafricaine et la guerre dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest du fait de la crise sécessionniste », explique Ariel Ngnitedem, expert en finances publiques.
Ensuite, la méthode utilisée par l’ordonnateur de cette dépense, à savoir Peter Mafany Musonge, est contre-productive. En effet, bien que bénéficiant de l’autorisation du ministre délégué à la Présidence chargé des Marchés publics, relève Ariel Ngnitedem, « le recours à la procédure de gré à gré empêche de faire appel à la concurrence, ce qui est pourtant une exigence des bailleurs de fonds. Parce que la mise en concurrence permet d’avoir des coûts qui sont efficients et qui permettent de faire des économies. Par contre, la procédure de gré à gré empêche de recourir à la performance et à l’efficience ».

Même si cette dépense est budgétisée – pour l’exercice en cours, le budget de la Cnpbm s’élève à 3,4 milliards Fcfa -, il relève qu’il s’agit en fait de « crédits budgétaires [qui] n’engagent pas une obligation de dépense. C’est un plafond dépenses. En faisant des économies sur cette ligne budgétaire, on aurait pu financer d’autres zones de dépenses ». Sauf que dépenser utilement ne semble pas encore être le fort de l’Etat du Cameroun. Le 09 août dernier encore, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze informait son collègue de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, du gel des appels de fonds à ressources extérieures. Raison : le Cameroun a déjà dépassé le plafond de 596 milliards Fcfa autorisé à ce titre par le Fmi pour l’exercice budgétaire 2018.
La Cnpbm, encore appelée « Commission Musonge », a été créée par un décret du président de la République le 23 janvier 2017. Cet organe consultatif est l’une des réponses du gouvernement à la crise anglophone et a comme principale mission de promouvoir le bilinguisme et le multiculturalisme dans l’optique de consolider l’unité nationale et le vivre-ensemble. Dans ce sens, elle a procédé à diverses audiences publiques dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest et adressé des recommandations au chef de l’Etat.

 

Lucien Bodo / Muations

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